7 mai 2014 3 07 /05 /mai /2014 17:30

Si-un-jour-on-partait.jpg

Après toutes nos pertes
Si un jour on partait.
Sur une île du ciel
Seulement toi et moi
Tout au bord des nuages
Des fleurs au bout des doigts
J’écrirais des chansons
Qui parleraient de toi

Mais cette île du ciel
Elle est peut-être là
Dans le creux de nos bras
Quelque part sur nos mains
Ou cachée dans nos cœurs
Mais tant qu’on aura peur
On creusera encore
A côté du trésor

Ne marchons plus en vain
Dans cet enfer urbain
Qui raccourcit nos pas
Qui étouffe nos mots
Qui sonne le trépas
Des rêves nouveaux
A deux pas de chez toi
Je me sens si loin


Robert Loï - tous droits réservés


Ecrit en juin 2010. Publié sur facebook le 9 juin 2013

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5 septembre 2011 1 05 /09 /septembre /2011 22:19

La dernière danse

Un jour, je la ferai

Un dernier tour de piste

Enfumé de silence

[...]

Etouffé par l’oubli

Bouffé par mes envies

De revanche

je danserai

 

La dernière danse

Un jour je la ferai

En refermant le livre

Petit cercueil des mots

Que je n’aurais pas écrits

Ou qui m’auront trahi

[...]

La dernière danse

Elle me conduira

Où il faudra que j’aille

Que je le veuille ou pas

J'y marcherai au pas

Et on m’y trainera

Si jamais je rechigne

On m’y trainera

Que je le veuille ou pas

[...]

Quand le tocsin sonne

Nous sommes tous un peu sourds

Pas besoin de l’entendre

Tous nos délits d’amour

Vibrent dans nos tripes

Hagard, on cherche les étoiles

qui ont brillé un jour

étoiles juste effleurées

de peur qu’elles nous brulent

 

Le jour de la dernière danse

On jetterait tout l’or

Amassé dans les caves

De nos vies de misère

Pour revoir ces étoiles

 

Qu’elles nous brulent le corps.

Enfin

Qu’elles nous déchirent l’âme.

Enfin

 

Mais on les cherche en vain…

De cette petite flamme

Qui seule dans un coin

Brûle

Pour quelques temps.

Encore.

 

 

 

 

 

Robert Loï - le 6 septembre 2011

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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 11:52

 

En quelques semaines, une femme va regarder comme un monstre,  un homme qu'elle a aimé passionnément. De victime, l'héroïne devient persécutrice pour essayer de se recontruire. Le rapport dominant/dominé poussé dans ses ultimes retranchements De pages en pages, parfois entre les lignes, l'auteur dévoile les rouages d'une mécanique implacable  ; comment son héroïne l’appliquera méthodiquement au-delà de toute réalité, et, plus encore, au-delà de toute humanité.  Trente ans plus tard, à l'aube de sa vieillesse, elle se souvient et elle raconte...Quand l'autofiction dépasse le désir de positionnement social ou affectif pour devenir l'outil affiché d'une quête identitaire.


1073.jpg



Extraits :

 

[...] Le vingt-deux décembre deux mille trente sept. 

Quelque part dans ma conscience ou dans mon cœur. Je ne sais plus.

Chères lectrices, chers lecteurs, à vous qui me lisez…

 

Seule au coin du feu, ce ne sont pas les flammes qui rougissent mes yeux, mais des faits vieux de trente ans. Enterrés sous le sable des souvenirs, je n’imaginais pas qu’ils puissent en surgir au crépuscule de ma vie pour torturer ma conscience. Seuls des aveux sincères et circonstanciés me permettront enfin de trouver la paix. L'hémorragie du temps ne s'arrêtera plus. Celui que je vais prendre pour vous livrer cette histoire permettra, j’espère, d'alléger mon cœur, si lourd, si froid, ce premier soir d'hiver. Je vais vous la raconter le plus simplement possible, sans fard, et, peut-être pour la première fois, sans tricher.

 

 

 

[...] J'ai toujours aimé la littérature et j'ai commencé à puiser mes histoires dans les mots des autres. Des pages à écrire que je n'avais qu'à arracher quand elles ne me convenaient plus. Enfin actrice de ma nouvelle vie, j'inventais mon propre roman, mon propre cinéma. Mon rôle préféré, celui de l'héroïne romantique, n'était pas des plus faciles. J'avais le talent, mais du mal à trouver les contextes, à planter les décors, et surtout, à rencontrer les hommes adéquats. La peur était bien là, l'envie de respirer aussi. Un peu avant mes quarante ans, je décidai de me séparer de mon mari [...]

 

 

 

[...] Cette pseudo liberté, j’ai tenté de l’exploiter au mieux en rencontrant d’autres hommes. Beaucoup. La plupart me laissant après m'avoir consommée, sans jamais m'avoir aimée pour ce que j'étais, sans rien comprendre de ma profondeur ni de mes vraies attentes. Repartis aussi vite qu'arrivés, repus de cette enveloppe charnelle que j'ai toujours eu du mal à aimer, saignant un peu plus mon âme et tout ce qu'il y avait de beau dans le fondement de ma quête.

 

Ma sœur, la tendre complice de mon enfance, dont je croyais le soutien indéfectiblement acquis, m'avait tourné le dos. L'homme qu'elle avait épousé lui avait interdit quasiment tout contact avec moi, prétextant que je n'étais plus une personne fréquentable. Sans doute craignait-il que ma sœur accède, par identification, à cette même liberté, et échappe ainsi à une soumission qu’il voulait absolue. Eloigner sa femme de moi lui permettait aussi d’approcher cette liberté qu’il désapprouvait au grand jour... Lors d’un anniversaire, il m'avait offert de la lingerie féminine. Malgré son double sens, le message était clair, je l’entendais presque me chuchoter à l’oreille :

 

« - Je te déclare libertine donc infréquentable pour ma femme, mais si au passage, je pouvais en profiter… ».

 

Ma sœur qui était présente n’avait pas dit un mot. A peine un petit rire gêné. Telle était sa soumission qu’elle englobait la trahison. [...]

 

 

 

[...] Et un jour… je l’ai rencontré [...] Un homme différent d’une grande sensibilité, qui savait lire mes émotions  [...]  J'aimais son regard et celui qu'il posait sur moi, sa voix, son humour, ses mille et une façons de sourire et l'ajustement parfait de ses expressions. Tout en lui collait à la vivacité de son esprit mais aussi à la douceur de son caractère. Son corps était aussi massif que le mien était frêle, ses attaches aussi solides que les miennes étaient fines, et comme le mien il renfermait encore une âme d'enfant. Je trouvais enfin dans l'autre une part de moi [...]

 

 

 

[...]  Vingt-trois décembre deux mille trente sept, le jour se lève

Irréparable, pourquoi ce mot me hante-t-il encore ?  Irréparable… Ce mot, que j'ai prononcé tant de fois, habillant ainsi des actes ou des situations tellement réparables, sans doute pour donner un peu de dramaturgie et du sens à ma vie. Irréparable…ceux qui emploient ce mot avec autant de complaisance n'ont pas dû avoir beaucoup à réparer dans leur vie. Tout était réparable. Tout. L'irréparable, je l'ai certainement commis, en refusant jusqu'au bout de lui rendre son humanité.

 

J'ai tourné ma vie comme un film, coupant des scènes au montage, laissant trop souvent d'autres le faire pour moi ; jetant à la poubelle la pellicule jugée inutile, trop froissée. Aujourd'hui je suis vieille et je fouille tout au fond, à la recherche de ces bobines perdues, dans lesquelles il y avait des parts de moi. Elles me manquent cruellement. Mais il est bien trop tard, le fond de la poubelle est vide. Il ne reste plus que des : … et si…? [...]

 

 

 

De sincères remerciements à Thérèse, Nicole et plus particulièrement à Valérie Daplomb, pour leur aide. Essayer d'écrire en se glissant dans la peau d'une femme n'est pas aisé...sans elles, je n'y serais pas parvenu.

 

 

Robert Loï - le 11 novembre 2010 

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24 octobre 2010 7 24 /10 /octobre /2010 19:50

 

Les seins de Lucie

 

Sont des étoiles

 

De petites voiles

 

Qui bruissent bien haut

 

 

 

Les seins de Lucie

 

Sont des égéries

 

Pointés comme des « i »

 

Ils aiguisent mes mots

 

 

 

Les seins de Lucie

 

Sont des envies

 

Qui ne ploieront pas,

 

Sous la lie de la vie

 

 

 

D’un  simple murmure

 

Les seins de Lucie

 

Percent les armures

 

Des vieux loups trop aigris

 

 

à suivre....

 

Robert Loï - le 24 septembre 2010

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8 décembre 2009 2 08 /12 /décembre /2009 09:19

En 2011, après avoir découvert ce poème, le compositeur Jean-Yves Paris m'en proposa une adaptation musicale. Il me fit parvenir deux maquettes où il faisait office d'interprète. La première contenant une version "Texte" et la seconde une version "Club" (le même thème musical avec plus de variations au piano).

 

Ensuite, nous nous sommes rencontrés à Paris en septembre 2011. Je lui ai présenté d'autres textes et il m'a interprété certaines de ses compositions. La découverte de vraies corrélations entre nos sensibilités respectives fit naître un projet d'album qui devait contenir une douzaine de chansons. Malheureusement Jean-Yves Paris devait disparaître en décembre 2012.

 

Afin de lui rendre hommage, en accord avec ses enfants Baptiste et Esther, nous avons décidé de rendre ces deux maquettes disponibles à l'écoute à partir des liens suivants :  Version texte    Version club


 



Sur les corps anonymes j’ai cherché ta peau

Et dans chaque souffle j’ai voulu ta bouche

Aux corps anonymes j’ai voulu dire les mots

Ceux que tu espérais pour ôter les doutes


 

Je les ai pleurés sur les corps anonymes

Ces mots écrits pour toi que tu n’attendais plus

Et les corps anonymes les ont tous effacés

Aux langueurs de nuits moites et d’aubes repues



 

D’autres mots sont nés, c’est un corps anonyme

Qui me les a soufflés dans le vent du chagrin

Un de ces matins où je crachais ma bruine

En pensant qu’après toi, il n’y avait plus rien


 

Rien, après tes lèvres molles de sommeil

Tes douces colombes aux nervures bleuies

Qui remplissaient mes mains, envahissaient mes nuits

En pensant qu’après ça, il n’y aurait plus rien


 

Au corps anonyme

J’ai cousu un prénom

Qui n’était pas le tien

Et ta voix s’en est allée

S’en est allée au loin


 


Robert Loï - le 8 décembre 2009



Une traduction en roumain a été réalisée par Lidia Caciora pour le magazine roumain "Cervantes"



La corpuri anonime

Pe corpuri anonime am căutat pielea ta
Și în fiecare respiraţie am vrut gura ta
Corpurilor anonime am vrut să le spun cuvinte
Acelea pe care le astepţi pentru a scăpa de îndoieli.

Le-am plâns pe corpuri anonime
Aceste cuvinte scrise pentru tine, pe care nu le mai aşteptai
Şi corpurile anonime le-au şters pe toate
În oboseala nopţilor transpirate şi a dimineţilor pline.

Alte cuvinte s-au născut, un corp anonim
Mi le-a suflat în vântul durerii
Într-una din dimineţile acelea în care am scuipat amarul meu
Gândind că, după tine, nu avea nimic.

Nimic, după buzele tale inmuiate de somn,
Porumbeii tăi dulci cu vene albastre,
Care îmi umplu mâinile şi îmi invadează nopţile
Gândind că, după aceea, nu va mai fi nimic.

Pe corpuri anonime
Am cusut numele tău
Care nu era al tău
Şi vocea ta a plecat
A plecat departe.





 

 

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4 mai 2008 7 04 /05 /mai /2008 10:11

 

Dans le fond de ma cage vivent des douleurs

Des cris d'un autre âge, d’autres nuits, d’autres vies

Pactes avec le diable, depuis longtemps signés

Qui même déchirés m’ont encore poursuivi



Bouts de papier maudits, requiem envolés

Cercueils de mes amours, linceul des mes envies

Stryges de passage qui ont griffé mon cœur

Mais ne lui ont rien pris, lui qui saignait déjà

Le jour du premier cri.



Dans le fond de ma cage brillent des couleurs

Saisons incréées de soleils et d’orages

Quelques odes à graver sur des cœurs de femmes

Horizons sauvages, derniers feux à croiser



Une envie de vivre déchire mes côtes

La fureur de dire confuse mes notes

Les mots couleront et les phrases chanteront

Les spectres danseront mais n’avorteront pas

Le jour du nouveau cri.

 


Pour Agnès et Philippe, kinésithérapeutes qui m'ont (ré) appris à respirer.

Robert Loï - Le 4 mai 2008

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24 février 2008 7 24 /02 /février /2008 22:57

 

De retour à Venise
j'ai voulu à nouveau
effleurer les boiseries
traverser les ponts
flâner sur San Marco
vide

au petit matin


Et je cherchais tes yeux
et je cherchais tes mains
les pigeons s'envolaient
  de la basilique
vide
au petit matin


De retour à Venise
j'ai voulu à nouveau
demander au gondolier
de nous emporter
glissant sur les canaux
vides

au petit matin

 


J’ai revu dans les rues
près du palais des Doges
qui brillait encore
sous la lune d'argent



Ton spectre qui dansait
caressant les façades
et qui dansait encore
sous la lune d'argent


 

Tu m’avais tout donné sur les pierres de Venise
je les ai touchées froides et grises
et j’ai crié ton nom


De retour à Venise
j’ai appris que sans toi
ce n’est rien qu’une ville


Venise

sans toi

 

Photo du haut : robert loï
Photo du bas : Jean-Paul Cotte



Pour Sadia



Robert Loï - le 24 février 2008

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6 novembre 2007 2 06 /11 /novembre /2007 20:08


Là, au pied des Sanguinaires

îlots de porphyres rouge sombre   

où finit la terre des hommes   

j'ai senti glisser ton ombre

dans le creux de ma main
 

 

 Sur l'éclat irisant les eaux pourpres

 j'ai revu ces matins rouges

 belle, de l'écume des nuits

 tu laissais danser le monde

 dans le creux de ta main


 

 
Là, au pied des Sanguinaires

 commence et finit la vie d'un homme

 dans le haut de tes cuisses

 le creux de tes reins

 le vide de ta bouche




nous faisions danser le monde

nous faisions danser le monde 

 

Pour Alice

Robert Loï - le 6 novembre 2007

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6 novembre 2007 2 06 /11 /novembre /2007 10:05

















C’était une femme, Marie. Jamais en robe, jupe ou tailleur. Toujours en pantalons. Comme pour écraser un peu sa féminité qui débordait de partout. Qui lui faisait peur. Presque mal. Elle était née et vivait en Corse, mais du sang de Calabre coulait dans ses veines.

 

Ses quarante-quatre ans avaient préservé la finesse des traits, des attaches, juste adouci des formes, généreuses, sans être excessives. Les longs cheveux noirs s’écoulaient autour d’un visage grave de belle italienne, presque fermé. Des yeux verts et foncés. Un regard de braise avivé au soufflet. Insoutenable, même si on s'essayait à le soutenir un peu, tant il était beau, profond, presque douloureux. Et une bouche, des lèvres.

 

C’était une femme, Marie. Chaque parcelle de son corps, jusqu’à la peau, une vraie promesse. Forcément des hommes avaient dû en souffrir. De ne pas avoir atteint ce paradis ou de l’avoir perdu. Pourtant, quand elle commençait à parler, sa voix rauque ouvrait les blessures, de celles que les hommes font, sans le vouloir, sans même le savoir. Elle avait eu mal, Marie. Mal, sans doute, de n'être aimée que pour son enveloppe, aussi belle fût-elle.

 

Elle aimait parler. De tout et de rien. Avec ses mots à elle. Elle n’aimait pas les gens trop légers, sans parole, ceux qui disent et qui ne font pas ; elle trouvait qu’il y en avait trop, que ça polluait la terre. Elle les appelait les farfales, les papillons en italien. Et encore, elle trouvait le mot trop joli.

 

Elle aimait dire non surtout aux hommes, surtout à ceux qui la désiraient. Rendre aux uns la souffrance apportée par les autres, disait-elle. Elle s'était faite toute seule et détestait, qu'on la prenne aux petits soins. Ceux qu'elle aurait voulus, elle n'en voulait plus.

 

Son île, elle l'aimait en automne, en hiver. Un peu parce qu'elle se vidait des grappes de touristes, beaucoup parce qu'elle n'aimait pas la chaleur, ni le beau temps. Elle préférait les ciels couverts, le froid piquant, les montagnes embrumées, la mer démontée. Elle pouvait rester des heures à regarder la colère bleue. Peut-être, dans chaque paquet d'écume né de ce fracas, brisait-elle un peu de ses propres colères.

 

D’elle, de son enfance, elle parlait très peu. Alors quand ça lui arrivait, on se pétrifiait. On oubliait sa beauté physique pour entrevoir celle de son âme, mais les mots, ceux qu’elle voulait dire pour la mettre en lumière, avaient du mal à lui venir. Son regard dur la protégeait encore.

 

Pour l’aider, il fallait presque se taire, juste l’écouter, avec le cœur. Oublier ses propres désirs Ce n’était pas qu’une enveloppe, Marie. C'était aussi un intérieur obscur, aussi brûlant que son sang. Juste la guider par quelques mots, sur lesquels on n’avait pas le droit de se tromper. Sentir sa gorge se nouer avec la sienne. Alors, elle commençait à parler. De sa vie. Quelques cendres tombaient sur le regard de braise, comme des fulgurances de tendresse, qu’elle aurait voulu cacher encore, mais les larmes perçaient, coulant sur son armure qui commençait à fondre. Et là, elle était nue.

 

 

De son enfance, elle aurait aimé d’autres souvenirs. Des parents très durs, sans être brutaux. Un père froid, distant. Une mère qui suivait. Jamais elle n’avait manqué de rien. Juste de l’essentiel. D’amour. Qu’on ne lui en ait pas donné, ou qu’elle n’ait pas su le prendre, peu importe, ça lui manquerait toujours. Déjà une cicatrice. Ouverte à jamais.

 

Les longs séjours au préventorium de Luri, un vieux couvent, la plus haute demeure du Cap Corse. Au pied d'un immense rocher surplombé d'une tour, la fameuse tour de Sénèque. Des moniteurs sévères. Les brimades, les coups qui pleuvent. Souvent. Elle ne disait rien Marie, elle rentrait sa rage, bâtissant dès son enfance une culture du refus. La haine des hommes.

 

Il y eut ce moniteur, devenu une célébrité locale, dont les travaux reconnus avaient été publiés. Autour de Luri, des heures de fouilles, aussi méticuleuses qu'harassantes, essentiellement réalisées par les gosses, permirent d'exhumer des vestiges archéologiques dignes d'intérêt. La main du moniteur avait donné plus de coups qu'elle n'avait gratté de terre. C'était pour "l'édification culturelle des enfants, auxquels il avait permis de réaliser son rêve…" Comme si elle n'avait pas eu de rêves à elle, Marie, à l'âge où elle portait encore des couettes et des petites robes bleues.

 

La main du moniteur avait aussi écrit quelques livres qui lui avaient fait une réputation de poète, d'humaniste… Elle n'aimait pas les livres, Marie, elle savait que la vérité ne s'y trouve jamais, encore moins celle des hommes. Comment la contredire ?

 

Fiancée à dix-sept ans, mariée à dix-huit, au village de Lavesina, sans tour génoise, lui. Singularité anecdotique ou peut-être le symbole d’une union qui ne dura que trois ans. Le temps de comprendre qu’elle n’aimait pas, que ce mariage n'avait été rien qu'une porte pour sortir de l'emprise familiale. Sa tour génoise, elle l’avait bâtie autour de sa fille, Séréna. La seule chose de bien qu'elle avait faite dans sa vie.

 

Après, des hommes. Beaucoup. Des bonheurs fugaces, des déceptions. Encore. Elle ne croyait plus en rien. Ni aux hommes, ni au monde. Quant au bonheur, c’était un Père Noël, auquel elle n’avait jamais cru. Elle avait rangé ses illusions dans un placard, depuis bien longtemps, et gardait encore des fardeaux sur les épaules. Le plus cruel d’entre eux, le sentiment de ne pas avoir donné assez d’amour à Séréna. Du bout de mon index, j'essuyais doucement ses larmes. J'avais envie de la contredire...

 

Mais… elle était là, Marie, elle parlait. Je n’arrivais plus à quitter ses mots. Je ne pouvais pas. Je l’avais rencontrée, au pied de la tour génoise de Miomo, sous un crépuscule flamboyant, deux kilomètres avant Lavesina. Près de ces roches, qui virent du vert au bleu, selon les heures du soleil.

 

Non, ce n'était pas une farfale Marie. Avant que je n'arrive en Corse, elle avait promis de me faire découvrir toute la beauté de son île, pas celle que des millions d'yeux viennent voir à la belle saison, mais la vraie, sauvage, inaccessible aux pinzutti comme moi.

 

Elle l'a fait. Et bien plus encore, elle m'a fait découvrir sa beauté, la moins accessible, celle de son âme.


Pour Marie


Robert Loï - le 6 novembre 2007

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3 octobre 2007 3 03 /10 /octobre /2007 16:45


Robert Loï et Catherine C. - Le 3 octobre 2007

 

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